Interview Pierre Gignoux (Ski alpinisme) - 06/2003

Monter à bloc,défoquer,descendre la tête dans les skis, en hors piste, puis remonter et ainsi de suite durant plusieurs jours. Non ce ne sont pas des vacances traditionnelles aux sports d’hiver, oubliez le télésiège débrayable et le vin chaud...
Vous êtes ici dans l’univers du ski de montagne et ces gars là ne font pas dans l'planté du bâton, de m’sieur Dus ! 2500m de dénivelés, de-poter re-poter, porter ses skis et descendre à fond dans la neige croûtée ou poudreuse pendant des jours; rencontre avec un sport un jour olympique ?

Nutri-site : A la Pierra Menta 2002, avec ton co-équipier Stéphane Brosse tu termines deuxième à seulement 1mn30 des italiens. Dans quel état d’esprit te trouvais-tu au lendemain de ce formidable effort?

Pierre Gignoux : Je suis agréablement surpris par cette place car depuis le début de saison je ne suis pas au top physiquement. Je traîne une fatigue musculaire qui m’empêche d’être à 100%, alors oui c’est une consolation de ma contre-performance aux Championnats du monde de Serre-Chevalier en février dernier. (Ndlr 5ième place en équipe mais a laissé sa place en individuel pour cause de méforme).

Nutri-site : Qu'est-ce qu'une course comme la Pierra Menta, évoque pour toi ?

Pierre Gignoux : C'est une course très difficile, mais à la fois très belle. Elle reste la course de ski alpinisme par excellence, avec la patrouille des glaciers en Suisse...
La Pierra Menta apparaît comme un modèle dans le monde des courses de ski alpinisme, c'est peut être un peu exagéré dans le sens où elle capte toute l’attention. Je la trouve vraiment difficile, et je crois que ça n'apporte rien à la course d'avoir autant de difficultés. 10 000 m de dénivelé dans les jambes, c'est très long à récupérer... Elle est certes splendide et parfaitement organisée, mais elle est beaucoup trop longue et trop difficile. Et ce sont les autres courses finalement qui en pâtissent, sachant que les trois quarts des coureurs internationaux focalisent dessus.

Nutri-site : L’étape du Grand Mont c’est mythique ?

Pierre Gignoux : L'étape du grand Mont, c'est le troisième souffle du coureur. Cette foule, cette effervescence, c'est quelque chose qui nous porte. Lorsque tu passes là haut, tu as envie de pleurer, c'est une émotion intense. Tu te sens des ailes, c'est presque dangereux, il faut faire attention et gérer ce moment, il ne faut pas s'emballer.

Nutri-site : Le ski de montagne est un sport à part entière, peux-tu nous en toucher deux mots ?

Pierre Gignoux : Le ski de montagne, c'est le plus beau sport de compétition de montagne. On évolue dans un environnement magique où l'on partage des moments forts, c'est cette alchimie qui nous rend vulnérable et nous emplit d'humilité.

Nutri-site : Et l’équipe ?

Pierre Gignoux : C'est une cordée, c'est un couple qui se soutient à chaque instant. Deux personnes qui prennent le temps de s'écouter, de se connaître pour maîtriser les points forts et les points faibles de l'autre. Dans une équipe, il faut à la fois avoir un niveau très proche de son partenaire mais également être sur la même longueur d'onde, ce sont les ingrédients pour que naisse une équipe soudée et efficace.

Nutri-site : Ton pire souvenir de sportif ?

Pierre Gignoux : Durant l’année 2002. Même si nous avions pris la deuxième place à la PM avec Steph , c’était une saison terriblement physique pour moi.
Pour la petite histoire j’étais parti faire l’ascension de l’Aconcagua au Chili avec des amis, quelques mois avant le début de saison.
Ce fut des conditions très précaires sur le plan alimentaire, on s’était planté dans les proportions dans les provisions. J’ai perdu pas mal de poids et de force et cela a sûrement été à l’origine de ma contre-performance aux 1er Championnats du monde de " ski alp " organisés en France (Serre-Chevalier) en février 2002. C’est dur de traîner la patte dans une discipline d’équipe, on est pas fier et déçu pour son coéquipier (Ndlr 5ième place en équipe mais a déclaré forfait la veille en individuel pour cause de grippe).

Nutri-site: Quel fut ton sentiment dans la stratégie adoptée par le tandem Sbalbi/ Blanc vainqueur presque époustouflant de la Pierra Menta 2003 ?

Pierre Gignoux : Partir à bloc dés le premier jour j’ai trouvé ça gonflé. Chaque année on dit que la Pierra Menta se gagne dés les premiers jours, il suffit ensuite de gérer son effort, quitte à " sucer la roue " les jours suivants. II faut être sûr de sa forme. J’ai d’abord pensé à un coup de poker menteur, puis très vite j’ai compris qu’ils avaient les moyens de leur ambition, car les jours suivants ils étaient devant aussi !!!

Nutri-site : As-tu une stratégie alimentaire ?

Pierre Gignoux : A vrai dire la diététique ce n’est pas trop ma tasse à thé, mon sport m’amène assez de contraintes sans que j’en rajoute dans mon assiette. Je mange parfois bio surtout depuis que ma copine s’y est mise, mais je n’ai jamais fait de démarche personnelle à ce niveau là, c’est sûrement un manque que je dois combler car je fais sûrement tout le contraire de ce qu’il faudrait faire. J’ai une marge de progression phénoménale à ce niveau là j’en suis conscient et je vais combler cette "carence " il le faut.

Nutri-site : Qu’est-ce qui te motive à t’y intéresser maintenant ?

Pierre Gignoux : J’ai 34 ans et si je veux progresser ou maintenir un bon niveau de performance il faut que j’éprouve toutes les possibilités qui s’offrent à moi et la diététique fait partie de ces moyens pour y arriver. Sans compter que cela est sûrement bon pour le corps en général et le goût en particulier, les légumes bio ont plus de saveur que les légumes de culture conventionnelle ; c’est déjà un signe de qualité alors l’intérêt est double.
Mon pote "Steph" (Lire l'interview de Stéphane Brosse) est davantage préoccupé par ses apports. Il ne se prend pas la tête mais fait ce qu’il faut. Je vais suivre son exemple, c’est vrai que c’est un aspect que j’ai trop longtemps négligé.

Nutri-site : Pour en revenir à la Pierra Menta, tu ne manges tout de même pas comme monsieur tout le monde durant ces 4 jours ?

Pierre Gignoux : Non, c’est vrai et puis qu’est ce qu’on bouffe, c’est impressionnant ! Il faut plusieurs collations en dehors des repas pour tenir le coup. Car on fait l’équivalent d’un marathon par jour en terme de dépenses énergétiques. Et puis il y a le froid, la neige molle, le stress ...

Nutri-site : Comment procèdes-tu ?

Pierre Gignoux : Je fais le plein de glycogène la semaine avant en veillant à boire beaucoup d’eau. De suite après l’effort je prends une première collation c’est un mélange. Ensuite vient le repas, sans viande. Le menu est basique et se compose de pâtes ou riz plus quelques légumes et un dessert. Puis vers 16h une autre collation et au dîner encore des féculents. Mais cette année la nouveauté vient de ce que Corinne Favre nous a donné et qu’elle utilise aussi. Ce sont des Acides Aminés (BCAA**) quelques gélules le soir de chaque étape ...
J'utilise les produits Leppin : Carbo Lode avant, Boisson energy boost et Squeesy pendant, boisson training formula et 765 BCAA après.

Nutri-site : Et à l’effort tu te ravitailles comment ?

Pierre Gignoux : J’ai découvert aussi les "topettes" qui sont des gels énergétiques en tube ou en sachet, c’est très pratique et très léger. Cet aspect là est primordial dans ce sport ou il faut être très "light" pour gravir plus de 10 000m de dénivelé en 4 jours. Pour l’hydratation j’ai un Camel Back avec une boisson de l’effort.

Nutri-site : Le ski de montagne aux J.O ?

Pierre Gignoux : Si le ski de montagne est retenu pour les Jeux Olympiques ce serait un rêve de voir ça. De plus les premiers championnats du monde ont un peu sorti cette discipline de l’ombre et j’espère que cela va s’accentuer à l’avenir…

 

La fiche d'identé de Pierre Gignoux


- Double Champion d’Europe
- Vainqueur de 3 coupes d’Europe
- 4 Fois champion de France
- Vainqueur de la Pierra Menta 2001
- 5ième aux 1er championnats du Monde en 2002
- 84 ml/mn/kg de Vo2 max
- 6 % de masse grasse 
- Diététiquement il est sponsorisé par les produits Leppin
- Son site Internet : www.pierregignoux.fr

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