Interview Marina Frelich (diététicienne du sport) - 10/2007

Depuis sa création, le CERS de Capbreton, (centre européen de rééducation du sportif), a vu défiler des centaines de sportifs anonymes ou de renommée internationale Un centre de rééducation sportive avec vue sur l’océan, soins personnalisés (kinés, médecins, préparateur physique, et diététique. Marina Frelich est diététicienne en chef du CERS, un des maillons du centre, elle nous dévoile les dessous diététiques d'une remise en forme, pour un retour au top !

Nutri-site : Quel est votre rôle au sein de ce centre réservé aux sportifs en convalescence ?

Marina Frelich : Je suis la responsable du service diététique au CERS de Capbreton. Mon travail repose sur 4 axes principaux :
-Validation des menus élaborés conjointement avec le chef cuisinier et réalisation de Fiches techniques détaillant la liste des plats et des aliments pour lister et mettre en valeur les allergènes qui peuvent être présents dans les plats.
-Consultation avec les patients prescrits après avis médical
-Mise en place de réunions d’informations collectives
-Réalisation de documents d’information.

Nutri-site : Est-ce que le discours diététique passe bien avec les cuisiniers avec lesquels vous travaillez de concert ?

Marina Frelich : Ce n’est pas toujours évident, surtout que les responsables du CERS sont très fiers de leur restauration qui se veut avant tout gastronomique et non de collectivité et orienté sportif de haut niveau. La principale difficulté, est de faire admettre certaines nécessités pour les patients, qui sont là avant tout pour des impératifs de remise en forme.
J’aimerais proposer des menus adaptés à notre clientèle qui à des besoins divers et variés. Le CERS est fréquenté par 2 types de population. Il y a les post op (post opératoire) et les renfo (renforcement) et il existe encore des différences dans ces deux catégories. Les post op ont logiquement moins de dépenses énergétique sque les renfo, qui sont là eux,  pour se remettre en condition physique, ils sont davantage actifs et autonomes.
Je reste persuadé que l’on peut manger gastronomique, un soir de temps en temps dans sa vie de sportif, sans que cela ne soit pas compatible avec le sport de haut niveau ; mais le faire pendant 3 semaines, ce n’est plus adapté chez le patient sportif, qui plus est en rééducation et qui a des contraintes de poids, liées à son sport.

Nutri-site :  Le CERS de Capbreton a-t-il évolué, depuis sa création il y a 16 ans ?

Marina Frelich : Avec le recul, des efforts ont certes été faits ; mais si on fait le compte après 16 ans d’existence, on est encore loin de l’idéal à mon goût ; on progresse petit à petit !

Nutri-site : Quels types de sports trouve t-on au CERS ?

Marina Frelich : On trouve de tout et c’est ce qui fait la particularité et l’intérêt de ce centre. En diététique, c’est parfois délicat de contenter tout ce monde car nous avons à faire à des sportifs issus de tous horizons sportifs. Il y a la danseuse, les rugbymans, des skieurs, des navigateurs et tous ont des mentalités et une éducation sportive spécifique. Il faut aussi prendre en considération les desiderata des patients car la plupart veulent maigrir ou limiter la prise de poids pour cause d’inactivité. A ce sujet les enquêtes de satisfactions de fin de séjour nous révèlent que leur passage au CERS se conclut avec une sensible prise de poids, nous pouvons aussi progresser à ce niveau, je pense.

Nutri-site : C’est facile pour un sportif de parler de ses habitudes alimentaires ?

Marina Frelich : Quand les patients viennent consulter, c’est qu’ils ont une demande précise mais c’est vrai que l’alimentation touche quelque chose de très intime et qui est ancré en eux depuis tout petit. L’éducation nutritionnelle, qu’elle soit familiale ou culturelle, véhicule pleins de connotations et c’est toujours dérangeant de venir se faire remettre en question sur sa façon de s’alimenter.

Nutri-site : Quelles sortes de demandes ont les sportifs ?

Marina Frelich : Ce sont avant tout les médecins qui m’envoient les patients, donc au départ ce n’est pas quelque chose de spontané. La plupart finissent par me demander de valider telle info ou réfuter tel discours véhiculé ça et là.
Il faut parfois recadrer l’alimentation de certains, et pour d’autres une simple info sur des aliments suffit.

Nutri-site : Quel est votre sentiment sur les habitudes alimentaires des sportifs qui sont passés dans votre service ?

Marina Frelich : Je n’ai pas l’impression qu’ils mangent mieux ou différemment de la population sédentaire, on retrouve globalement les mêmes erreurs, qui se résument à la quasi absence du petit déjeuner, une alimentation trop industrialisée, trop raffinée et le triptyque cookie/chips/coca sévit encore beaucoup même chez cette population active.
Ce qui est le plus grave à mon sens c’est la mauvaise hydratation et c’est tout de même désastreux de l’observer pour quelqu’un qui fait du sport régulièrement.
Cf dossier nutrisite hydratation et performance

Nutri-site : Quels sont les thèmes les plus abordés lors des consultations ?

Marina Frelich : En premier lieu c’est la perte de poids et de masse grasse et l’obsession pour la prise de masse musculaire. Suivent les problèmes liés à une mauvaise hydratation et en dernier la place du petit déjeuner. La plupart des demandes me font ressentir, malheureusement, qu’un diététicien ne puisse pas servir à autre chose qu’à faire perdre du poids.
Le bon côté du CERS c’est que les patients mangent ensemble et parfois au fil des conversations sur le sujet de l’alimentation, ils s’informent et se font part de leur expérience personnelle.
Beaucoup de demandes concernent également les besoins énergétiques avant/pendant/après une compétition et les problèmes musculaires et tendineux
Des questionnements sur la place du petit déjeuner. Sur ce point je suis devenue plus souple que par le passé car les études actuelles remettent en cause, la présence obligatoire du petit déjeuner. La chronobiologie dont je parle ici fait référence aux cycles internes et biologiques qui régit chacun d’entre nous.
"Forcer l'organisme à manger quand celui ci n'en éprouve pas l'envie, est une aberration", selon le docteur Burckel "les enzymes sont moins efficientes le matin il ne faut pas forcément instaurer un petit déjeuner quand le cœur n'y est pas. Le petit déj. au saut du lit, est propre à chacun. Certains ont besoin d'attendre une heure avant que l'appétit ne se manifeste, tandis que d'autres peuvent se passer de ce repas sans connaître de vide énergétique dans la matinée. Attention l’apparition d’un malaise hypoglycémique, d’un manque de vigilance, d’un petit creux en cours de matinée est le signe d’un petit déjeuner bâclé ou trop frugal, il faut donc dans ce cas ne pas négliger ce repas.
Je crois qu’un petit déjeuner type casse croûte avec une bonne part de protéines animales (viande, œuf, etc etc ...) et du gras, s'avère une bonne alternative au sempiternel petit déjeuner franco français, qui est connu pour être trop sucré.

Nutri-site : Avez-vous eu des demandes particulières ?

Marina Frelich : Oui c’est assez rare mais un jour un sportif de haut niveau, végétalien* par conviction est venu consulter et il m’a fallu rechercher des aliments et mettre en place des repas pour le satisfaire.

Nutri-site : La parité chez ceux et celles qui viennent vous voir est-elle respectée ?

Marina Frelich : Au  CERS il y a proportionnellement plus de garçons que de filles et cela se retrouve dans les consultations.
Le profil moyen du patient au CERS correspond à un homme de 24 ans qui mesure 1m77 avec un poids de forme de 75kg.
J’ai actuellement 30 patients/mois.

Nutri-site : A l’égal des kinés ou des médecins, possédez-vous des outils ou autres appareillages pour compléter vos conseils alimentaires ?

Marina Frelich : A l’égal des kinés ou des médecins, possédez vous des outils ou autre appareillages pour compléter vos conseils alimentaires ?
Marina Frelich : Nous proposons une pesée hebdomadaire tous les mercredis, et éventuellement une mesure de la masse grasse grâce à la bonne vieille méthode de la pince pour plis cutanés.
Nous avons aussi le test de l’impédancèmetrie mais ce n’est pas encore très fiable chez les gabarits extrêmes (grand, petit, maigre et gros). La formule de calcul, donne des résultats aberrants pour ce type de patient.
La pince reste un système plus fiable, que ce test, qui ne tient pas toujours compte de la masse musculaire et du niveau d’hydratation chez le sportif,
La pince c’est bien à partir du moment ou le manipulateur reste le même, bien entendu !!

Nutri-site : Comment se passe l’élaboration des menus ?

Marina Frelich : Il y a deux cycles : 1 l’hiver et 1 l’été et on prévoit les menus sur 3 semaines, au lieu de 5 auparavant, ce qui nous permet d’éviter les redites et de varier les menus au maximum. On veille à respecter la place des fruits et légumes de saison, on s’adapte aussi par rapport aux prix afin de respecter les budgets qui sont alloués au chef cuisinier.

Nutri-site : Existe t-il des habitudes que vous souhaiteriez voir évoluer au CERS ?

Marina Frelich : On a déjà réussi à supprimer le lait au goûter, ce qui est déjà un plus quand on sait aujourd’hui que très peu de personnes adultes ne le digèrent de façon optimale (lactose).
En terme de digestibilité on peut aussi s’améliorer car les sportifs au CERS sont sans arrêt en activité et ce de 8h à 12h et de 13h30 à 17h, il faudrait adapter les repas pour leur confort digestif.
Je souhaiterais aussi pouvoir proposer aux sportifs des produits énergétiques de l’effort et de récupération à prendre le soir, surtout pour ceux qui sont en renforcement, car ils ont des besoins et des dépenses, plus élevés que ceux qui sont en post-opératoire.
Les médecins sont amenés à prescrire des pro biotiques et des compléments alimentaires multivitaminés, c’est une avancée dans le domaine de la prescription.
Cf dossier nutrisite les probiotiques

Nutri-site : Les menus laissent-ils un peu de place à la gourmandise et aux petits écarts ?

Marina Frelich : Oui mais ces petits écarts sont calculés et jamais introduis en aveugle dans les menus.
On essaye simplement de ne pas cumuler les aliments gras ou très sucrés au sein d’un même repas. Mais parfois on glisse des plats en « dehors des clous » comme des éclairs au chocolat ou des friands au fromage etc…, sachant que le reste du repas sera fait de façon à rétablir l’équilibre.
Rappelons que le sportif qui vient au centre n’a pas la même dépense physique qu’à l’accoutumée, il doit donc logiquement veiller à ne pas trop prendre de poids « pour un retour au top », telle est la devise du CERS !

Nutri-site : merci Marina !

 
* Régime basé sur l’exclusion totale des aliments issues de source animales avec comme principale base alimentaire les crudités (crudivores) les fruits (frugivores) et les céréales (granivores)
** 2 CERS en France CERS de capbreton et CERS de Fréjus St Raphaël

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