Interview Denis Riche - Volet 3 : La diététique du futur

Alicaments, probiotiques; OGM, notre alimentation subit des transformations dûes aux évolutions médicales et aux progrès de la recherhe agro-alimentaire. Comme le disait Hippocrate, "ton aliment sera ton premier médicament", cette adage est plus que d'actualité dans notre société qui prône le bien-être à tous les coins de rue mais qui doit faire face aux dérives alimentaires guidées par les profits économiques.

Nutri-Site : Comment connaître sa ration type ?

Denis Riché : Les calories sont des unités de chaleur qui indiquent l'énergie nécessaire à passer un gramme d’eau de 14,5 à 15,5°C sous une pression atmosphérique normale. Cela ne résume pas le contenu de l'assiette, car il y a des différences dans les mécanismes de chauffage et de combustion, mais aussi dans les processus hormonaux, avec des adaptations changeantes. La priorité n'est pas l'apport calorique, c'est l'équilibre de la ration (prochain livre) passant par une notion "d'apport de sécurité", qui définit des apports minimaux nécessaires en glucides, protéines, lipides. C'est un apport à 3 niveaux pour une combustion, un stockage et une perte de poids optimale. Car on s'aperçoit que beaucoup de sportifs sont carencés en graisses par le biais de bilans, de signes cliniques et qui sont confirmés par des enquêtes alimentaires.

Nutri-Site : Votre opinion sur l'intérêt de poudres d'efforts enrichies en vitamines et autres ?

Denis Riché : Il existe une obligation légale. Ces glucides nécessitent un certain apport vitaminique. Pour quelqu'un qui en consomme 3 fois par semaine leur présence éventuelle ne change pas grand chose à leur ration, mais pour un gros consommateur (1L à 1,5 L par jour) elles permettent une meilleure couverture des besoins après l'effort .

Nutri-Site : Lors de changements profonds de ses habitudes alimentaires combien de temps doit-on observer pour remarquer les premiers effets ?

Denis Riché : Si on change d'alimentation ce n'est pas pour le plaisir d'en changer ni à priori dans l'optique de la performance, mais parce que l'on constate des anomalies grâce notamment à des grilles de déficit. On va donc changer pour amener un mieux. Si un sportif constate qu'il y a trop de graisses ou de sucres rapides et qu'en changeant son alimentation, il ne remarque pas d'amélioration, c'est inutile. Le but c'est d'amener un progrès à quelque niveau que ce soit. On va toujours repérer des hiérarchies à améliorer, car souvent les gens sont réfractaires aux changements alimentaires et ça se comprend. Si on veut oeuvrer utilement, je dirai que si on ne passe pas par la porte on passe par la fenêtre. On peut insister sur les points nécessitant une évolution en fonction de ses disponibilités, de la réceptivité et de son état initial. En cas de déséquilibres évidents les bénéfices sont rapides, en 2 ou 3 mois il y a des changements radicaux.

Nutri-Site : La créatine sera bientôt interdite en France ? Quelles sont les dernières informations sur ce produit ?

Denis Riché : Je ne pense pas qu'il faille l'interdire, de toute façon c'est un problème qui est à la fois simple et complexe, puisque la créatine n'est pas un dopant, mais que présentée, à tort, comme un produit miracle, elle enfile bien malgré elle un costume trop large pour ses épaules. Comme tout complément imposé sans conseil ni pédagogie, c'est une substance qui peut mener à des conduites dopantes. La 3 ème chose est que la créatine est un constituant de l'alimentation et qu'il va y avoir de belles salades en perspective sur le plan légal et juridique.

Nutri-Site : l'EPO aussi est présente dans l'organisme ?

Denis Riché : Oui mais cela n’a rien à voir. Ce n’est pas un constituant de notre ration. Avec ce produit, de plus, on peut dissocier une prise exogène d'une fabrication naturelle. Pas dans le cas de la créatine, qui de toute façon ne nous place pas dans le même registre. A son sujet, si on pense qu'elle occasionne une conduite dopante qu'il faut circonscrire mais qu'il y a des besoins qu'il faut satisfaire, il va falloir définir un seuil urinaire " limite " pour la créatine et ses dérivés, comme dans le cas de la caféine, finalement. Mais la réalité est que l'on diabolise ce produit en le déclarant produit dopant, cela évite de se poser les vraies questions, c'est un problème de démarche qui n'est tout simplement pas ciblé.

Nutri-Site : Le "BIO"c'est l'avenir du sportif ?

Denis Riché : Moi je consomme bio principalement, c'est avant tout une démarche vers la bonne santé et la performance suit après.

Nutri-Site : Les alicaments : info ou intox ?

Denis Riché : Je m'intéresse beaucoup à la question, car il y a parfois des choses intéressantes à retirer du progrès, notamment de ceux dû aux Américains, comme les probiotiques* par exemple. Hippocrate disait "ton alimentation sera ton premier médicament". C'est un concept qui engendre d'énormes investissements, ce qui fait perdre en crédibilité. Il faut être prudent, car les OGM peuvent se greffer dessus ce qui pourrait constituer un danger réel.

Nutri-Site : Les produits diététiques du commerce ont-ils une vraie incidence sur la santé ou est-ce seulement de la poudre aux yeux ?

Denis Riché : Certains sont intéressants et possèdent de réelles vertus notamment dans les teneurs en vitamines, en minéraux comme le germe de blé, la levure de bière, mais on peut très bien manger bio sans avoir recours aux produits diététiques. Il y a des produits moins répandus et qui sont top, ils sont seulement mal placés sur les rayons. Ce qu'il y a d'aberrant, c'est de se dire qu'il y a des aliments étiquettés alicaments qui à aucun moment n'ont la notion d'améliorer la santé. Il y a tromperie et le consommateur se doit d'être vigilant et informé. Le vrai débat est "pourquoi l'alimentation de tous les jours n'est pas bénéfique à la santé". Tout le monde a le droit à la santé cela fait partie des droits de l'homme.

Nutri-Site : La phytothérapie apporte-elle des solutions intéressantes aux sportifs ?

Denis Riché : C'est empirique et controversé, mais l'expérience a montré des résultats probants chez un bon nombre de personnes. Il faut se méfier, car il y a des principes actifs " innocents " qui se révèlent être en fait dangereux, et qui sont interdits. On peut trouver de l'éphédra dans certains mélanges, ou des amphétamines. Je pense que l'auto-médication ne dispense pas d'informer les praticiens de son statut de sportif pour éviter toute méprise.

Nutri-Site : Quels sont vos futurs projets ?

Denis Riché : Mon principal projet c'est de développer un réseau de diététiciens/nutritionnistes en micro-nutrition s'appuyant aussi sur des entraîneurs qui fonctionneraient dans un réseau interne chapeauté par des médecins, Il reste à le valider. Je souhaite travailler avec un ensemble de personnes compétentes dans les 4 coins de l'hexagone, suivant une même formation avec le soutien du ministère de la Jeunesse et des Sports. Le but étant de mettre au point une nouvelle profession donnant des moyens simples pour évaluer des états de fatigue passagers entre autre; il y a du boulot en perspective ! Ensuite je prépare avec mon ami le docteur Didier CHOS, Président de l’Institut Européen de Diététique et Micronutrition, l'élaboration d'un livre qui s'intitule "diététique et micro-nutrition sportive" à paraître chez Vigot.

 
Lire les autres volets de l'Interview de Denis Riché :


 - Volet 1 : La diététique selon Riché
 - Volet 2 : Sportifs et nutrition
 - Volet 3 : La diététique du futur

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