Interview Julien Loy (Triathlon) - 12/2007

Julien Loy est ce que l’on peut appeler un sportif d’endurance avec un grand E.
Stakhanoviste de l’entraînement et doué pour les sports de fond, le vainqueur du très médiatique triathlon de Nice, a décroché récemment le graal suprême, avec un titre de Champion du monde longue distance en triathlon (Lorient 2007).
Ce touche à tout s’est d’abord essayé au ski de fond, au cross country, au vélo de route, avec à chaque fois des résultats prometteurs, avant que le triathlon ne vienne le couronner. D’autres grands objectifs, se profilent la saison prochaine pour Julien.

Nutri-site : Champion du monde longue distance en juillet, les sollicitations n’ont pas dû manquer ?

Julien Loy : Oui mais j’ai aussi repris très vite le boulot à la Métro de Grenoble et je suis vite redescendu sur terre. Actuellement  je suis en coupure totale depuis 1 mois, et je sens que je vais devoir me botter le c… pour reprendre le chemin de l’entraînement, je trouve qu’on s’habitue vite à ne rien faire, c’est fou ! J’avais vraiment besoin de faire un break avec le sport depuis la fin de l’été.

Nutri-site : Dans quel état d’esprit es-tu après ce titre de champion du monde décroché en juillet à Lorient ?

Julien Loy : Je suis tout d’abord très heureux car ma deuxième fille vient tout juste de naître, elle a 15 jours et c’est du bonheur ! Les championnats du monde, c’est 18 mois d’investissement ou tu en as bavé. Ce titre longue distance c’est une grande satisfaction car je peux me dire que je n’ai pas fait tout ça pour rien et puis le décrocher en France, c’est encore mieux. Mais aujourd’hui je me projette sur l’avenir avec de beaux challenges en perspective et puis j’ai besoin de penser à autre chose, d’oublier ce titre pour avancer. Le jour ou je me regarderais dans la glace, en me disant je suis champion du monde, alors j’aurai la tête grosse comme un melon.

Nutri-site : Que représente pour toi le triathlon ?

Julien Loy : Pour moi c’est la variété dans la pratique sportive, la complémentarité de chaque discipline. C’est un condensé de toutes les disciplines que j’ai pu pratiquer les unes après les autres dans ma jeunesse, qui se retrouvent réunies depuis quelques années. C’est un sport ou le mental a un impact énorme sur le physique. Le triathlon c’est pour moi 70% dans la tête et 30% dans les muscles.

Nutri-site : Ce n’est quand même pas à la portée de tout le monde de réaliser des performances de ce calibre ?

Julien Loy : Bien sûr nous ne sommes pas tous égaux en sport, j’ai la chance d’avoir une constitution favorable aux sports d’endurances. Avec 6,02 l de capacité pulmonaire et une Vo2max à 92mml/mn quand je suis au top et 80mnl/mn quand je suis au ras des pâquerettes, ça aide forcément. Mais je suis le premier surpris d’observer à quel point le corps peut encaisser des efforts aussi épuisants. Je reste persuadé qu’un gars qui n’est pas un spécialiste et qui observe ce genre d’exploit à la télé ou au bord de la route se dit « ce n’est pas possible ce type là doit être chargé comme une mule (dopé), ce n’est pas humain pense-t-il » ! Et bien non ce n’est pas impossible de réaliser ce genre d’effort avec de l’entraînement et une hygiène de vie tout en restant « propre ». Le corps à une formidable capacité a s’adapter à la difficulté.

Nutri-site : Comment gères-tu ton entraînement physique ?

Julien Loy : Je suis mon propre coach ! Je n’ai pas non plus envie d’être dépendant vis à vis de quelqu’un et puis c’est pratique je peux me le licencier à volonté le dimanche soir et me réembaucher le lundi matin (rires). J’ai appris à me connaître grâce à mes erreurs et mes réussites, je suis celui qui me connaît le mieux. Je n’échange pas beaucoup avec les autres triathlètes car la plupart n’appliquent que ce que les entraîneurs leur dictent. J’ai un préparateur physique depuis deux ans qui me fait des programmes de musculation très lourde ou chaque séance est une véritable torture pour le corps.

Nutri-site : Quel type de musculation pratiques-tu ?

Julien Loy : Je fais beaucoup de musculation en force excentrique, de force max et d’endurance de force. Je travaille surtout les ischios jambiers et les adducteurs. L’année dernière j’ai fait 2 séances par semaine, pendant 3 mois et les premières séances étaient tellement traumatisantes que pour simplement me déplacer, j’ai dû prendre des béquilles!

Nutri-site : Quels bénéfices retires-tu de ce type de « torture » ?

Julien Loy : Ma condition physique générale est meilleure après un cycle de musculation et ma musculature est plus homogène. J’ai aussi moins de problèmes de dos et au final je prends environ 1,5 kg de muscles. Je compte en refaire 4 mois entre l’automne et l’hiver cette année parce que ça paye bien.

Nutri-site : Quelles sont tes sources d’information en matière de préparation physique ?

Julien Loy : J’ai beaucoup lu sur la physiologie, notamment le livre de Platonov qui fut longtemps ma référence ("L'entraînement sportif: théorie et méthodologie/Platonov" - Editeur: Revue EPS ; 1988). Je guette, j’observe aussi ce qui se fait chez les autres sportifs, dans d’autres disciplines et je l’adapte à mon sport.

Nutri-site : Et la « tête » tu l’entraines également ?

Julien Loy : A condition de trouver la bonne personne, je suis plutôt ouvert à un essai en préparation mentale car c’est très important à mon avis, surtout pour gérer la douleur physique, les moments critiques. Je n’ai tout simplement pas pris le temps de faire la démarche. Ma compagne et ma petite famille me donne la stabilité nécessaire à mon équilibre. Mon boulot à la « Métro » de Grenoble (Julien est chargé de mission Sports et Culture à la communauté d'agglomération Grenoble Alpes) ne me laisse pas beaucoup de temps pour stresser. 3 jours avant les championnats du monde de Lorient j’avais de gros dossiers à finir et c’est seulement en arrivant sur place à Lorient que j’ai commencé à penser à la course.

Nutri-site : Concrètement, peux-tu nous présenter ta semaine d’entraînement avant une compétition ?

Julien Loy : C’est assez variable suivant l’état de forme du moment mais le caneva le plus régulier est le suivant Je m’arrange pour trouver une compétition du même format 15 jours avant l’objectif majeur pour jouer sur l’effet surcompensation de la fatigue. Ensuite la dernière semaine se passe comme ça :
- le mardi je fais un rappel d’intensité avec 5mn à vitesse course et 1 mn de récup active. Le nombre de séries varie aussi avec la forme.
- mercredi c’est repos ou oxygénation douce en vélo par exemple
 - le jeudi c’est une intensité qui se situe entre vitesse PMA et qui oscille selon le tryptique rapide /lent /rapide du style 30/30, ensuite c’est du repos ou l’objectif majeur est de bien récupérer.

Nutri-site : Quelles sont tes astuces pour mieux récupérer justement ?

Julien Loy : Les massages réguliers ! J’ai la chance d’avoir prés de chez moi un bon kiné, qui est en plus un ex triathlète. Ma diététique est bonne également mais je ne prive pas des choses que j’aime ! L’électrostimulation est aussi un bon complément mais je ne sais pas encore très bien optimiser son fonctionnement. C’est un peu comme si on me donnait les clefs d’une Ferrari sans m’expliquer comment elle fonctionne. Je ressens le besoin de mieux appréhender cet outil.

Nutri-site : Combien de temps arrives-tu à conserver un état de forme ?

Julien Loy : Environ 3 semaines. Pendant les championnats du monde j’ai réalisé la course parfaite tout en me faisant bien mal à la gueule. Quand tu pousses sur les pédales et que tu sens la puissance que tu développes, c’est fort et puis rouler à 70km/h, c’est très grisant !

Nutri-site : Quelles sont tes faiblesses ?

Julien Loy : La natation est mon point faible et ce n’est pas à 30 balais que je peux espérer progresser significativement. Je me donne toutefois du mal pour m’améliorer avec 6 séances par semaine.
Rouler au plat n’est pas non plus ce que je préfère, mais je travaille depuis deux ans maintenant, ma position aérodynamique. Alain Ferraroli et son laboratoire en Suisse conçoit et réalise des cadres pouvant être réglés à chaque point de jonction pour une position idéale de manière dynamique et pratique. Son système s’appelle ErgoMotion, c’est très pointu et les résultats sont très bons. Le but ultime est de baisser au max le tronc pour mieux pénétrer dans l’air. J’ai aussi posé des cales orthopédiques sous mes chaussures pour stabiliser ma position et éviter les déviances qui peuvent avoir lieu lorsque la fatigue s’installe en cours de course

Nutri-site : Quels sont tes points forts ?

Julien Loy : La course à pied et les terrains accidentés en vélo

Nutri-site : La fin de la coupure approche; quel sera le programme d’entraînement ?

Julien Loy : Les 2 prochains mois seront très chargés, c’est peut être pour cela que je recule le moment de la reprise.. Bref 35 à 40 h d’entraînement par semaine vont bien occuper mes journées et puis j’ai quelques kilos à perdre, c’est une très bonne motivation !!

Nutri-site : Comment serais-tu, sans le sport?

Julien Loy : Chiant !

Nutri-site : Tu as goûté à l’Embrun man cet été, est ce qu’on te verra un jour au départ d’un iron man ?

Julien Loy : Oui bien sûr mais sans toutefois occulter le format ITU que je ne souhaite pas abandonner.

Nutri-site : As-tu un conseil à donner ?

Julien Loy : Quand on décide quelque chose il faut s’y engager à fond, le plus dur c’est le premier pas ensuite la motivation fait le reste. Mon crédo c’est la régularité, la cohérence, le sérieux et la persévérance et savoir se fixer les bons objectifs pour y arriver.

Nutri-site : Les jeux Olympiques de Pékin, c’est un objectif pour toi ?

Julien Loy : Pourquoi pas … !

 

 

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