Interview Caroline Ciavaldini (escalade)- 07/2012

Caroline Ciavaldini est une grimpeuse d'exception qui est capable de grimper des cotations d'une difficulté majeure. Un 8C+ réussit dernièrement lui ouvre les portes du cercle très fermé des grimpeurs capables d'un tel engagement.
Après des succès internationaux sur les murs d'escalade indoor, caroline, avec l'aide de son sponsor The North face, se tourne désormais vers l'outdoor et l'aventure sur les plus belles voies de la planète ! Découvrez Caroline sur Nutri-site, sa préparation, son état d'esprit, ses projets, sa vie de grimpeuse...



Nutri-site : Comment êtes-vous venu à l'escalade ?

Caroline Ciavaldini : J’ai grandi sur l’ile de la Réunion, où tous les enfants pratiquent beaucoup de sports outdoor. Tennis, dance, voile, poney, j’avais un programme chargé après l’école. Mais à 12 ans, pendant les heures de sports du collège, on m’a fait gouter à quelque chose de nouveau : la grimpe. Le soir même, je suis allée m’inscrire en UNSS, puis dans un club, c’était parti, l’escalade est devenue ma direction de vie !
 
Nutri-site : Qu'aimeriez-vous apporter à votre sport ?
Caroline Ciavaldini : Oh, c’est un grand mot…je crois que  l’escalade se porte déjà très bien. C’est un sport magnifique, et les grimpeurs sont généralement des mordus de leur sport. J’ai fait dix ans de compétitions, maintenant je suis une grande voyageuse, passant d’une expédition à une autre. Je reviens tout juste du Kinabalu, à Bornéo, où nous avons grimpé à plus de 4000m d’altitude. J’espère donc juste pouvoir montrer de belles photos, raconter de belles aventures, qui pousseront les grimpeurs à partir explorer les falaises du monde !
Sur un autre registre, relatif au monde de la compétition et à la nutrition, je crois qu’il est temps de réveiller les acteurs de mon sport, leur faire comprendre qu’ils doivent aider mieux les jeunes à éviter certains dangers : grimper, cela rime avec être léger, et malheureusement entre léger et trop léger… la frontière est mince. Alors, si je pouvais participer à cette prise de conscience que la nutrition ne peut plus rester un sujet tabou dans le monde de l’escalade, je crois que j’aurai 
apporté ma pierre à l'édifice.

caroline ciavaldini
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Nutri-site : Escalade/performance et poids de forme les deux meilleurs ennemis de la vie d'un grimpeur de haut niveau ?
Caroline Ciavaldini : C’est une simple question de logique. Bien sûr, grimper, c’est lutter contre la gravité. Donc tous les grimpeurs contrôlent leur poids. Un simple test vous permettrait de comprendre l’enjeu : grimpez avec deux kilos autour de la taille, la différence est phénoménale, vous forcez dans des mouvements que vous réussissiez juste avant.
Bref, c’est certain, penda
nt toutes mes années de compétition j’ai contrôlé mon poids pour  mes permanences. Je n’ai pas envie de vous tenir le discours habituel : « oui, c’est un souci, mais on s’y habitue »… non, c’est un combat perpétuel, et commun à tous les grimpeurs de haut niveau. Certains poussent le sujet vers des extrêmes, je me suis contentée d’essayer de rester toute la saison 3 kg en dessous de mon poids de femme…  c’était déjà dur, soupe le soir, zéro Haribo© en saison ! Et chaque fois que j’arrivais en compétition j’avais l’impression d’être une baleine face aux autres filles.
Donc oui, le poids est le seul nuage dans la perfection de ce sport qu’est l’escalade. Mais je ne me plaints pas trop fort, en gymnastique ou en saut a ski, c’est encore autre chose !

 
Nutri-site : Est-ce qu'il existe une diététique particulière à la pratique de l'escalade ?
Caroline Ciavaldini : Comme pour chaque sport, manger équilibré avant tout. Et comme je l’ai déjà dit, pas trop : en escalade on ne dépense que peu de calories. Après tout dépend de ce que l’on fait ! En compétition, les voies font 8minutes. Je me contentais de bien petit déjeuner et d’avaler un gel power bar avant les voies. Mais en Grandes voies (300 m ou plus, réalisées en plusieurs longueurs, l’effort dure toute la journée), bien s’alimenter pendant l’effort et boire devient essentiel. J’utilise une power bar après chaque longueur, systématiquement. Les grandes voies, c’est épuisant, on donne tout ce qu’on a, entre l’effort physique et la dépense liée à l’exposition, la peur. Dans certaines voies, j’ai vraiment senti que je n’aurais pas réussi à enchainer les 10 longueurs sans barres énergétiques : vous êtes toutes la journée dans la paroi, vous devez donc empaqueter dans un petit sac à dos l’essentiel pour un poids minimal : mes power bars sont là pour ca.
 
Nutri-site : Est-ce que les compléments alimentaires sont répandus dans le milieu de la grimpe ?
Caroline Ciavaldini : Tous les grimpeurs emmènent des barres de céréales dans leurs journées falaises. Pour ce qui est de prendre un complément alimentaire chimique chaque matin, c’est assez rare en escalade. Je crois que le grimpeur aime souvent s’alimenter bio. Ainsi je me sers beaucoup des sirops d’arbousier Weleda, c’est naturel, et je suis sure de faire le plein de vitamines. Après des suppléments de protéines pour les muscles… ce n’est pas quelque chose qui correspond à l’esprit de la grimpe : tu veux des muscles, entraine toi !
 
Nutri-site : Faites-vous de la musculation, si oui à quelle fréquence ? De  l’électrostimulation également si oui pour quelle utilité?
Caroline Ciavaldini : Je fais de la musculation en début de saison pour préparer mon corps à supporter les charges d’entrainement, pour rééquilibrer mes groupes musculaires. 2 fois par semaines en janvier février mars. Mais le plus possible, c’est de la musculation qui utilise exclusivement le poids du corps : tractions, pompes, dips, et des exercices dérivés.  J’ai fait de l’électrostimulation, mais uniquement en période de blessure, pour empêcher mes muscles de fondre, ou en récupération après une compétition.
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Nutri-site : Qu'est ce qui vous plaît le plus dans l'escalade ? Le moins ?
Caroline Ciavaldini : Je suis accro aux sensations : l’escalade est un sport très mental. Réussir à comprendre comment utiliser les prises de la paroi pour se hisser jusqu’en haut, c’est  résoudre un puzzle en trois dimensions en utilisant son corps, tous les muscles sont recrutés. J’aime disparaitre dans ma grimpe : je suis tellement concentrée que toute autre pensée que le mouvement disparait, que je disparais. Je deviens la grimpe.
L’escalade me permet de voyager à travers le monde. Cette année seulement, je s
uis allée ghttp://www.nutri-site.com/intranet/modifinterview.php?num=66rimper en Thaïlande, Laos, Malaisie, en Espagne, Sardaigne, à Bornéo, en Angleterre, je compte aller en fin de saison en Grèce et  aux USA. Je mène la vie de mes rêves, et c’est la grimpe qui m’offre toutes ces opportunités !
Les moins… ma foi depuis que j’ai arrêté les compétitions et que je suis pro mais uniquement en falaise, je ne fais plus de régime. Donc il n’y a pas de moins !

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Nutri-site : Combien d'heures d'entraînement nécessaire par semaine pour se maintenir au niveau international ?
Caroline Ciavaldini : Au total, en incluant les footings, la prépa mentale, j’ai bien compté 25 heures par semaine. Mais c’est très varié, il n’y a pas un jour ou je considère cela comme du travail !
 
Nutri-site : Quel l'état d'esprit ou humeur vous fait mieux grimper ?
Caroline Ciavaldini : J’ai vraiment exploré la question, justement. Pour apprendre à donner le meilleur de moi-même en compétition, devant une voie qu’on ne choisit pas, un jour qu’on ne choisit pas, j’ai appris à me mettre au moment clef dans mon état d’esprit optimal. Il m’aura fallu quelques années donc, pour réaliser que c’est quand je cherche à apprécier la vie, chaque instant, chaque mouvement, couleur, odeur, saveur, que je suis la plus efficace ! Au final, c’est quand je me concentre sur ma joie, ma chance d’être là où je suis, que je grimpe le mieux, avec parfois quelques instants de grâce, que les sportifs appellent communément  « entre dans la zone ». Dans ces rares moments magiques, tout devient possible, y compris réussir une voie de finale devant 10 000 spectateurs !
 
Nutri-site : Que ressentez-vous dans l'effort ?
Caroline Ciavaldini : Comme je l’ai dit plus haut, lorsque je grimpe, je disparais, je deviens la grimpe. C’est cette sensation de concentration complète que j’adore en escalade !

Nutri-site : Quel est votre geste favori ?
Caroline Ciavaldini : Je parlerais plutôt de mon style favori : J’ai une très nette prédilection pour le calcaire avec colonnettes : lorsque le climat le permet, le calcaire forme de longues colonnes le long de la paroi, permettant une grimpe en 3 dimensions. J’ai toujours trouvé les colos très attirantes visuellement, elles rendent la ligne de la voie évidente, comme une invitation à venir grimper !
 
Nutri-site : Qu'est ce qui vous fait vous surpasser devant la difficulté ?
Caroline Ciavaldini : J’aime avoir à concentrer 100% de mes capacités dans une voie, être confrontée à une difficulté telle que je ne pourrais réussir que si je parviens à aligner mon corps et ma tête, à utiliser mes muscles au meilleur de leur capacité. Alors ma méthode pour arriver à mon but est de focaliser sur l’action. J’ai une phrase en compétition : « oublie l’enjeu, joue le jeu ! »
 
Nutri-site : Un projet sportif à court terme ?
Caroline Ciavaldini : Je reviens tout juste de Bornéo, mont Kinabalu, ou il était question d’ouvrir des voies très dures à plus de 4000m d’altitude. Nous avons été confrontés à un air très faible en oxygène, du froid, du brouillard, du vent, bref c’était une vraie aventure. Je suis rentrée en Europe il y a tout juste 4 jours, et pour l’instant, le repos est amplement mérité. Mais bientôt, je compte me remettre en forme pour le festival The North Face de Kalimnos, en septembre !


Nutri-site :
Comment vous définiriez vous sur le plan mental  ?
Caroline Ciavaldini : En un mot… je suis définitivement assez réfléchie, je planifie, et je me tiens à mon plan pour réussir. A 16 ans, j’avais décidé de faire partie du monde de la compétition, je l’ai fait avec succès. Il y a deux ans j’ai décidé de devenir une grimpeuse professionnelle outdoor, j’y suis. Donc, en un mot… je crois que je suis décidée !
 
Nutri-site : Un 8C+ réalisé dernièrement, que peut-on rêver de mieux après cet exploit ?
Caroline Ciavaldini : La réponse logique serait un 9a… mais à vrai dire, ça n’a jamais été un chiffre magique pour moi. Si je trouve un jour un beau projet, oui, si non, vraiment ça ne sera pas un acte manqué ! J’ai réussi mon rêve de compétitrice, monter sur des podiums et gagner en compétitions internationales, maintenant mes rêves sont tournés vers l’outdoor, les grandes voies, l’équipement, l’aventure !
 
Nutri-site : Votre site d'escalade préféré ?
Caroline Ciavaldini : St léger du Ventoux : au pied du mont Ventoux, dans le sud de la France. La falaise en elle-même est magnifique, des voies dures a volonté, toutes plus uniques les unes que les autres. Mais surtout la boulangerie du village propose des croissants au beurre de rêve, l’auberge de Brantes fait un menu avec des caillettes, la rivière coule le long des falaises, et on peut camper en toute tranquillité : le paradis !
 
    Merci Caroline d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions et un grand merci à l'agence de presse North Communication



Retrouvez Caroline sur son Blog et sur le site de son partenaire The North Face


==>Lire aussi l' interview d' Arnaud PETIT (escalade/ Grandes voies)


Crédit photos : The North Face®/Francisco Taranto/Anthony Nollet.

Photo de Caroline-Ciavaldini - Escalade - grimpe
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