La réathlétisation une histoire de mental

Virginie Dalla Costa est psychologue, coach mental et sophrologue et suit notamment l'équipe cycliste professionnelle AG2R la mondiale.
Dans ce dossier Virginie aborde pour Nutrisite un thème cher aux sportifs : comment avec l'aide, d'un psychologue revenir encore plus fort après une blessure : La réathlétisation.
Virginie nous explique et nous détaille le cadre de son intervention pour chaque athlète ou sportif qui vienne la consulter pour revenir plus fort !


LA REATHLETISATION : UNE HISTOIRE DE MENTAL par Virginie DALLA COSTA

Psychologue du sport  - jacobvirginie@wanadoo.fr  - 06 87 31 01 44

Je considère la réathlétisation comme une phase, une étape par laquelle la personne va passer du statut de patient au statut de sportif.

Cette phase a déjà démarré lors du travail en kinésithérapie. L'étape suivante consiste à amener le sportif à (re)devenir de manière plus prononcée acteur de son corps, acteur de son projet sportif, acteur de sa vie.  Il va devoir apprendre à redevenir un athlète mais un athlète différent de celui qu'il a été par le passé : en effet, une blessure n'est jamais anodine dans le parcours d'un sportif.
Certains la considèrent comme une trahison de leur corps ; pour d'autres, elle sera un révélateur de leurs « faiblesses » ou tout simplement de leurs limites. Elle peut également devenir un briseur de performances, et même un briseur de rêves.
Du sentiment de toute puissance dans lequel tout sportif peut être par moment, à cause de la blessure, il se retrouvera face à une profonde désillusion, un fort désarroi...
Il risque de perdre la confiance absolue qu'il pouvait avoir dans son corps–machine. Il est touché dans sa chair, autrement dit dans son être, son identité.
Rappelons tout de même que la blessure est rarement prévisible. Elle surprend le sportif. Elle l'arrête brutalement.

La blessure a de ceci de particulier qu'elle est présente fréquemment dans le discours des athlètes ; elle fait partie de la carrière du sportif. Ne pas avoir été blessé semble dans certaines disciplines sportives comme ne pas faire partie de la famille des sportifs. Et pourtant elle est redoutée par tous, au point que certains sont dans le déni de la moindre douleur. Lorsqu'ils consultent, il est bien souvent trop tard.




Le cadre de mon intervention :
J'ai construit mon discours selon 2 axes :     

- le psychologique (ou préparation psychologique)
- le mental (ou
préparation mentale)

Pourquoi 2 axes ?


Mon expérience professionnelle et mon vécu de sportive m'ont fait comprendre qu'avant même de s'intéresser au sportif, il faut s'intéresser à l'humain, à la personne. Mon travail consiste donc à travailler AVEC une femme ou un homme, d'un certain âge, pratiquant un sport à un niveau donné.  En fonction du genre (femme – homme), de l'âge (enfant, adolescent, adulte, vétéran), du sport (individuel, collectif, de contact, d'endurance...), du niveau (loisirs, amateur, professionnel) les mots et les techniques seront différents.  
Je me suis rendue compte qu'utiliser une ou des techniques de préparation mentale sur un individu fragile psychologiquement n'a pas d'effets sur le long terme.
Il s'agit donc en premier lieu de faire un bilan psychologique pour déceler d'éventuelles fragilités ou blessures psychologiques.

J'appelle « blessures psychologiques :
- des soucis familiaux : décès, divorce, licenciement... ou autres : pression familiale sur le sport, sur l'école,
- des problèmes internes au groupe : bizutage, conflits...,
- des problèmes relationnels avec l'entraîneur...

Le psychologique constitue la base, les fondations sur lesquelles un travail de préparation mentale peut s'instaurer.


Durant cette étape de réathlétisation, voilà  comment je procède :  je pars de l'idée que je ne connais pas l'individu, que je ne l'ai jamais rencontré.
Dans ce type de circonstances, la demande du sportif à mon égard est la plupart du temps en rapport avec le mental : “pour mon retour, je veux être fort dans ma tête”.
Il arrive parfois qu'il évoque la peur de se (re)blesser quand il reprendra plus intensément son activité sportive mais travailler sur son mental revient bien vite.

ETAPE 1 : ET SI MA BLESSURE  ETAIT  PSYCHOLOGIQUE ?


Comme dit précédemment, la blessure n'est jamais anodine. Elle s'inscrit dans une histoire sportive mais aussi personnelle. La blessure peut avoir un sens. Le premier travail consiste donc à savoir s'il a pu  ou s'il peut exister des facteurs psychologiques qui ont pu favoriser la survenue de cet accident corporel.
Si une hypothèse peut être formulée dans ce sens, il s'agit de voir si ces facteurs existent encore ou ont été dépassés. En fonction de la réponse, la suite du travail psycho-mental sera différente.
J'interroge donc en premier la personne sur son histoire personnelle, familiale, sportive. Cela me donne aussi des indicateurs sur son mode de fonctionnement, sa personnalité...

Je tiens à préciser que la personnalité de l'athlète (hyperactivité, impatience, exigence vis-à-vis de soi et des autres, niveau d'anxiété...), son histoire personnelle, ses ressources de coping (gestion des situations menaçantes, stressantes) peuvent créer des conditions favorables à la survenue de blessures.

Il peut aussi y avoir une relation entre la survenue d'une blessure et une mauvaise gestion du stress
, une trop grande pression.

En effet,  le stress a un lien avec la probabilité de blessures en tant que distraction (réduit la vision périphérique) et surtout cause de tension musculaire (réponse somatique) qui se solde par une inefficacité dans les gestes, manque de fluidité-coordination-souplesse : le corps se contracte et la blessure intervient.
D’autre part, les distractions internes (pensées négatives) peuvent également être source d’erreur, d’oubli d’un élément de routine qui amènent à une blessure provoquée par cette inattention.

Je viens ensuite plus précisément sur la blessure. Est-ce la première fois qu'il est confronté à un arrêt pour blessure ? Si non, quelles ont été les autres blessures ou maladies rencontrées ?
Pour chaque blessure, je m'intéresse au type de blessure, mais aussi au contexte de sa venue. Par ce biais je cherche à repérer s'il peut exister une raison psychologique à cette survenue.

RAISON PSYCHOLOGIQUE - cela ne veut pas dire que la personne a fait exprès de se blesser. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ! Il y a simplement eu des facteurs qui ont pu favoriser la venue de cet accident corporel.

Pour information, les événements stressants majeurs survenant dans la vie d'un athlète (décès d'un proche, perte d'emploi, rupture sentimentale par exemple) multiplieraient par 2 à 5 le risque de blessures (Williams 2001). Les tracas du quotidien augmenteraient également la probabilité de se blesser.

Par ailleurs, certains sportifs se blessent «bizarrement (ce sont leurs mots)» à des moments clés de leur carrière et parfois de façon répétitive. Il s'agit d'en comprendre les raisons.
Le but de l'entretien est donc de mettre en évidence des facteurs de vulnérabilité. Durant ce premier entretien nous aurons donc réfléchi sur les thèmes suivants à propos des blessures :

  • Antécédents voire prédispositions aux blessures
  • Chronicité des blessures
  • Reprise trop précoce
  • Fatigue, notion de surentraînement
  • Usure psychologique, saturation
  • Appréhension, facteurs d’anxiété et de stress
  • Distractions internes (pensées négatives)

Autre point important : je m'intéresse à la manière dont le sportif a vécu et vit encore son retrait du terrain sportif. Avoir été arrêté 10 jours peut être moins difficile à gérer qu'un arrêt de 1 mois et plus. La fréquence des blessures peut également agir.

Les réactions psychologiques à la blessure peuvent donc jouer à différents niveaux :
- émotionnel (détresse, incrédulité, frustration, colère, dépression...)
- comportemental (isolement, moindre adhésion au programme de réhabilitation...)
- cognitif (pensées négatives, doutes, peurs de reprendre trop vite, de se blesser à nouveau, de ne pas retrouver son niveau sportif...)
Ces réactions peuvent se traiter  par un travail psychologique mais aussi par un travail sur des habiletés mentales. Dans ce cas, la plupart du temps j'associe ces deux axes lors des séances.
Concernant la réaction des gens aux blessures sportives,  Kubler – Ross (1969) est celui qui a le mieux décrit les étapes par lesquelles passent les personnes. Il parle de REACTION DE PEINE : les athlètes qui se blessent passent souvent par un cheminement de cinq étapes après la blessure. Ces étapes sont :

1. refus,
2. colère,
3. négociation,
4. dépression,
5. acceptation et réorganisation.

A la suite d'une blessure, la plupart des gens entrent dans l'étape du refus. En état de choc, ils ne peuvent croire qu'ils sont blessés et ont tendance à réduire la gravité de la blessure et sa signification. Puis la réalité de la blessure s'affirme, suit la colère. Les athlètes s'en veulent et en veulent aux autres.

Ensuite vient la négociation : l'athlète blessé tente de rationaliser afin d'éviter la réalité. Par exemple, un coureur blessé se promet parfois de s'entraîner encore plus fort ou d'être gentil avec tout monde s'il récupère rapidement. A la quatrième étape, l'individu reconnaît la gravité de sa blessure et de ses conséquences. L'athlète réalise qu'il ne pourra peut-être plus continuer de participer à plein régime et connaît la dépression et l'incertitude face à l'avenir. La dernière étape est l'acceptation. L'athlète sort de sa dépression et est prêt à se concentrer sur sa réadaptation et sur son retour à l'activité.
La plupart des athlètes passent par ces étapes en réaction à une blessure, mais la vitesse et la facilité de leurs progrès varient grandement. Le processus peut exiger un ou deux jours ; il peut être question de semaines voire même de mois.
>>Compex propose des electro-stimulateurs pour la ré-education physique du sportif

Lorsque je rencontre le sportif en phase de réathlétisation je vérifie qu'il soit bien dans la phase d'acceptation et de réorganisation. Dans ce cas, je passe à la deuxième partie de mon travail : préparer mentalement le retour sur le terrain.

ETAPE 2 : TRAVAIL SUR LES HABILETES MENTALES


La préparation mentale vise l’acquisition d’habiletés mentales et d’outils d’aide à la performance dans le but de renforcer les ressources des personnes et de les aider à atteindre leur niveau optimal de performance. Elle fait référence à des procédures et des stratégies en vue d’améliorer les apprentissages et d’optimiser les performances.

Voici les principaux axes utilisés pour la phase de réathlétisation :
  • Fixation d’objectifs
  • Dialogue interne (pensée positive)
  • Imagerie mentale de confiance, de guérison…
  • Travail sur les techniques de respiration et/ou de relaxation


 1. FIXATION D’OBJECTIFS

Cette habileté est fréquemment utilisée en préparation mentale. En effet, « le comportement humain est fondamentalement régulé par un but à atteindre » (J.P. Famose).

Je distingue 2 types d’objectifs  :
  1. Objectif de résultats
  2. Objectif de moyens

Cette fixation d'objectif doit être la première étape de travail en préparation mentale pour le sportif.
Afin de se rapprocher au plus près de la réalité du terrain, je préconise un entretien d'objectif en présence de l'éducateur sportif en charge de la réathlétisation.

Voilà ce qui est recherché :

·    Formuler des objectifs précis
·    Fixer des objectifs difficiles mais réalistes
·    Fixer des objectifs à court, moyen et long terme
·    Consigner les objectifs par écrit
·    Formuler les objectifs de façon positive
·    Fixer des objectifs de moyens et pas uniquement de résultats
·    Mettre en place des stratégies d’atteinte.

Ces objectifs devront être mesurables et « évaluables » afin de se rendre compte de la progression. Un suivi sera effectué par le préparateur physique, voire par le préparateur mental si besoin. Ces entretiens donnent la direction à suivre autant au sportif qu'aux intervenants préparateurs physiques et mentaux. Ces entretiens peuvent être particulièrement longs : 1h et plus.  


2. DIALOGUE INTERNE

Le dialogue interne est important pour la réussite du travail de réathlétisation.
 
Tout à chacun, nous nous parlons constamment. Malheureusement, nous sommes bien souvent avare de « chaudoudous ». Nous nous disons à nous-même ce que nous n'oserions jamais dire à nos proches, à nos amis. Nous nous faisons la guerre régulièrement par des phrases assassines.

Il va s'agir de travailler sur le discours que le sportif se tient. Forcément cela est en lien avec l'estime qu'il a de lui même, avec son niveau d'anxiété, sa confiance en lui ET son entourage. Entendre dire qu'il n'arrivera jamais à retrouver son niveau, que les autres ont pris de l'avance, que c'est fini pour lui est loin d'être une mise en confiance.

·    Reconnaître ses pensées, attitudes, émotions négatives dans le sport et dans la vie
·    Se donner a soit-même des instructions pour changer
·    Se rappeler constamment l'importance de penser positivement et apprendre à le faire
·    Rompre avec les pensées ou images négatives pour mettre des pensées, images ou sensations
         positives
·    Principe de l’auto-suggestion, de l’auto-persuasion, de la méthode Coué…

3. IMAGERIE MENTALE / VISUALISATION

La répétition mentale correspond à une activité cognitive qui se traduit par la formation d’images mentales.
Ces images, en tant que produits cognitifs, doivent présenter un certain nombre de caractéristiques afin que la répétition mentale soit efficace : elles doivent être vivaces (clarté, netteté), exactes (respect taille / profondeur) et contrôlées (degré de persistance).

Cette visualisation peut agir sur votre physique, tout comme sur votre état émotionnel. En effet, lorsque vous visualisez, vous envoyez des petits messages à vos muscles en train de bouger à travers le système nerveux.

(Par ailleurs, les mêmes aires corticales sont activées lors de la simulation mentale d'un mouvement  et lors de sa réalisation. Il s'agit notamment du cortex préfrontal et prémoteur, impliqué dans la mémoire de travail, dans les réponses préparatrices et dans le contrôle exécutif de l'action).

Cela peut être utilisé en imagerie mentale de guérison lorsque vous visualisez votre muscle en action, ou en imagerie mentale de confiance lorsque vous visualisez les progrès que vous faites, vos objectifs atteints, etc...

4. TRAVAIL SUR LES TECHNIQUES DE RESPIRATION OU/ET DE RELAXATION

Le doute et l'inquiétude sont des éléments souvent retrouvés chez le sportif dans sa reprise. Il a besoin d'apprendre à gérer les différentes émotions qui le traversent. Il peut être soumis à une forte pression ou lui-même trop se mettre la pression. Dans ce cas, les techniques de respiration et de relaxation vont lui apprendre à prendre conscience de l'impact du stress sur son corps, à savoir maîtriser la montée des émotions, à savoir prendre soin de lui en se posant, en lâchant prise.

Ces techniques sont relativement simples à apprendre. Avant la reprise complète de l'activité, ce peut être aussi une bonne occasion de les apprendre.


CONCLUSION
Vous l'aurez compris la réathlétisation demande de prendre en compte l'individu dans sa globalité. L'approche mentale est en fait une approche psycho–mentale.
La partie psycho permet de mettre en évidence certaines « prédispositions à la blessure » et si besoin de les traiter. La partie mentale permet de travailler sur des habiletés mentales afin que l'individu se réapproprie son corps et retrouve la confiance qu'il avait en ce dernier. Les exercices proposés seront aussi réutilisables post- reprise.









Dossier réalisé par Virginie DALLA COSTA
Psychologue du sport  - jacobvirginie@wanadoo.fr  - 06 87 31 01 44
Virginie fait aussi des consultations à distance par téléphone, 35€ par appel sur fixe (durée illimitée) à régler par chèque (+ coût de la communication)


Consulter tous les dossiers nutri-site de Virginie Dalla costa sur le mental :
 - La préparation mentale, à quoi ça sert ?
 - Comment atteindre ses objectifs ?
 - Les principales difficultées mentales chez les sportifs
 - Comment gérer son stress
 - La sophrologie, art du bien-être et de la réussite

 - Le repos du sportif

Nutri-Site