Synthèse du colloque Sport et Résilience

Publié le 13/12/2012

Synthèse colloque Sport & Résilience : le sportif, héros en temps de paix !

COLLOQUE SPORT & RÉSILIENCE : EUROSPORT À L’INITIATIVE DU DÉBAT

19 OCTOBRE 2012 : Eurosport a placé le thème de la résilience au coeur du débat sur le sport, en réunissant Boris Cyrulnik ainsi que des sportifs aux témoignages bouleversants, et des experts de grand niveau.

Effet d’une heureuse rencontre impulsée par Laurent‐Eric Le Lay, PDG du groupe Eurosport, avec Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, et Philippe Bouhours, psychiatre, cette réflexion se fonde sur l’intuition d’un véritable entrecroisement entre le concept de résilience et le monde sportif. Depuis trois ans maintenant, une quinzaine de séances de travail ont ainsi permis que des sportifs de tout niveau, coachs, entraîneurs etc. viennent nourrir par leur témoignage l’idée de résilience. Mélange de théorie et de pratique à l’image de ce colloque, entre récits de vie et présentations scientifiques.

SPORTIF, HÉROS MYTHIQUE

Si le sportif peut être le nouveau héros en ces temps de paix, c’est qu’il possède une signification psychosociale forte. Telle est en tout cas l’idée de Boris Cyrulnik. Aux soldats, aux grands hommes politiques ont succédé d’autres figures socialement reconnues : celle des sportifs. Pourquoi en faire des héros ? Une réponse en est le caractère mythique : à la manière des tragédies grecques, le sport réunit l’ordre et les désordres de notre société. C’est le nouveau théâtre social. A l’unification symbolique qui véhicule un sentiment de familiarité et d’appartenance, il associe une réunion physique qui permet de vivre ensemble ce moment d’héroïsme. Le sportif incarne nos valeurs, nos idéaux d’honneur, de respect ; il offre une image à laquelle nous pouvons nous identifier. Il est le reflet de l’évolution culturelle de notre société : après avoir évacué le sacré, après avoir mis fin aux projets utopiques, il nous reste le sportif, celui en qui on va croire, celui qu’on va idéaliser parce qu’il nous offre cette fonction réparatrice dont la société a tant besoin.
La recette du héros est simple, ou presque : elle repose sur six idées, celle d’un sauveur, d’un modèle, du sacrifice, de l’humilité ou modestie, de la justice et enfin de l’exploit. Quand le sportif coïncide avec elles, il se pose d’emblée comme figure centrale, héros ou héroïne de notre société.

« UNE CHANCE INOUÏE »

La traversée de la Manche : ce que seuls 10% des sportifs valides motivés et ultra entraînés parviennent à réaliser, Philippe Croizon l’a fait. Lui qui est amputé des bras et des jambes suite à un accident de la vie, lui qui aurait pu se laisser aller au désespoir et en vouloir à la vie de cette mauvaise surprise mais qui, notamment pour ses enfants, a choisi de se battre. Grand témoin de cette journée, Philippe Croizon nous a emmenés dans son aventure, dans son chemin jusqu’ « au bout du bout », de l’autre côté de la Manche mais aussi dans ses traversées des cinq continents. Détermination et volonté à toute épreuve, sacrifice dans cet investissement sans relâchement possible mais aussi un bonheur affiché et exprimé qui lui fait dire en conclusion : « ma vie est heureuse, je suis heureux et pouvoir le partager est formidable.»

« TES SOLUTIONS À TOI »

C’est ainsi qu’Antoine Dénériaz résume cette capacité de rebondir : il s’agit de trouver en soi forces et moteurs de dépassement. Chacun a son histoire, chaque récit de vie est différent et ce ne sont pas les témoignages de la deuxième partie de la matinée qui le contrediront.
Sport refuge, sport projet, sport renforcement… Ces personnes touchées par la vie, que ce soit par une blessure, un deuil ou une perte ont trouvé dans le sport le moyen de se reconstruire. Chacun y a inscrit le récit de sa vie pour pouvoir le réécrire autrement et avancer, repartir.
Quand, enfant, Benoît Pinton est devenu hémiplégique suite à un accident de voiture, sa vie aurait pu s’arrêter. Et pourtant, grâce à sa force de caractère, grâce aux rencontres aussi qu’il a faites, il a su trouver dans le triathlon une réponse à son besoin d’existence : se remettre debout, physiquement comme mentalement pour vivre et retrouver une dignité oubliée. Chaque Ironman résonne aujourd’hui pour lui comme une nouvelle victoire silencieuse face à son histoire.
Quand Carl Blasco a choisi d’utiliser sa différence, sa souffrance et sa marginalisation scolaire pour vivre autrement parce qu’il ne pouvait tout simplement pas vivre comme les autres, le sport est devenu son média d’existence. Difficile mais nécessaire décision pour se prouver qu’il méritait comme n’importe qui d’avoir une place dans le monde et que réussir était aussi possible pour lui. Et de la différence.
Le sport canalise les émotions, il permet de les transformer et de les mettre au service de quelque chose qui en vaut la peine. La rage, la colère, la souffrance deviennent alors nourritures de dépassement et de performances : Christophe Dominici en est l’exemple même, lui qui a tout donné pour l’exploit collectif dans le rugby malgré les obstacles, malgré les préjugés sur son physique, malgré le deuil connu. De ce qui aurait pu le freiner ou l’arrêter, de ce qui l’a fait douter, il en a fait une force et un atout.
Rêver, y croire, y penser, tenir bon, travailler et ne jamais baisser des bras : sur les pistes et dans la vie, Antoine Dénériaz garde ces injonctions en tête. Comme une évidence pour avancer, comme une certitude que la vie est en train de se construire et qu’il faut en faire quelque chose.
Force du destin, détermination, endurance, mental, vision : mots clefs de cette matinée mais surtout ce qui anime chacun de ces grands sportifs au plus profond de lui‐même. Leur réalisation, leur performance reposent sur ces forces intérieures. Fait marquant, un leitmotiv revient à chaque fois : celui du bonheur. Terme qu’on n’attendait pas forcément en réponse à ces récits tragiques et pourtant il revient. Plus qu’un mot même, une attitude : un immense sourire face à la vie, une énergie incroyable, une grande générosité et toujours plus de projets.

LE PRIX DE LA LIBERTÉ

Et si la liberté apparente du sportif cachait en réalité une dépendance et des contraintes immenses ? Si la prouesse sportive et cette impression de légèreté et de fluidité traduisaient un enfermement et une pression terrible ? Parce que le sportif d’aujourd’hui doit gagner, son parcours et son quotidien sont pris dans l’engrenage de la réussite à tout prix, y compris celui de sa liberté personnelle. Le sport ne peut être de demi‐mesure, il engage l’être dans sa totalité : c’est la condition de la détermination et de la performance mais aussi ce qui fait peut faire naître une spirale d’exigences colossales et sans limites.

QUÊTE D’EXTRÊME : QUEL SENS ?

Question forte autour de cette quête d’extrême animant un certain nombre d’athlètes et qui part d’un constat fort : beaucoup de sportifs ne voient pas leur pratique comme un moyen d’être simplement bien dans leur peau ; d’emblée ils veulent plus, ils veulent l’extraordinaire, ce qui dépasse l’imaginable et les emmènera le plus loin possible.
Qu’y a‐t‐il derrière cette recherche de sensations ? Comment expliquer que, malgré le danger de mort ultra présent, ces conduites à risque attirent? Entre construction de la personne et activité destructrice, Christine Le Scanff1 interroge cette addiction en mobilisant à la fois science et affectif, et insiste sur la nécessité de la verbalisation. Mettre des mots sur ce goût de l’extrême pour éviter que cela ne cache une fuite ou un véritable mal être et que ces émotions trouvent sens… Hubert Ripoll2 réfléchit ainsi aux motivations propres des sportifs, entre désir sain de performance et recherche de récompense, entre plaisir pur et quête de récompense. Blessures de l’ego, blessure du corps, le sport devient lieu de canalisation de ces souffrances et par la reconnaissance liée à la réussite, il peut apaiser et recentrer. Une condition néanmoins : que le plaisir, le ludique soit présent. Car tout est question d’équilibre. Pour Makis Chamalidis3, cet équilibre final se nourrit de déséquilibre. La fragilité, les carences, les doutes, les failles sont au service du dépassement de soi. Les faiblesses sont utilisées comme autant de raisons de se battre et d’aller plus loin encore. L’entraîneur se révèle alors le maillon indispensable de l’équilibre : comme le dit Pierre Salamé4 , être éducateur avant entraîneur, c’est‐à‐dire participer à la réalisation de ces objectifs mais également de son épanouissement ; connaître l’autre, s’adapter à lui, le laisser autonome tout en le guidant, l’aider à identifier ses émotions pour qu’il soit maître de lui le jour J où il sera seul acteur de sa performance.

SPORT, SOCIÉTÉ ET MÉDIA

Parce que désormais le sport ne peut plus se penser sans média et que dès lors, l’impact sur la société n’en est que plus important, c’est le PDG du groupe Eurosport, Laurent‐Eric Le Lay qui introduit cette dernière table ronde. L’idée : penser le média télévisuel comme ayant un rôle à part entière. Choix de programmation, accès au maximum de disciplines, privilège du direct, rituels de rassemblement et de partage : tant d’éléments qui démontrent le poids et la responsabilité d’une chaîne sportive. « Regarder le sport », au‐delà même de « faire du sport », pour accéder à l’émotion et vivre les rencontres, les coupes etc. Dans cette transmission émotionnelle, le commentateur joue un rôle clef. Christian Jeanpierre5, qui anime cette journée avec le journaliste Guillaume Di Grazia, ne le dément pas, lui qui a vécu des moments intenses et extraordinaires, de ceux où les larmes ne sont pas loin et où le téléspectateur ne peut qu’être touché également.
Mais pourquoi certains sportifs se détachent‐ils des autres lors de grands événements jusqu’à devenir de véritables modèles, voir des héros ? Etre bon, être le meilleur suffit‐il ? En réalité, André Rauch6 nous montre que la logique du héros n’est pas celle du champion. L’identification dépasse le résultat, et parfois s’inscrit même en faux contre celuici : on peut ainsi être un Poulidor et être un héros...


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